Les 6 tendances IT 2019

De l’IA au DevSecOps en passant par le serverless, zoom sur les dernières tendances technologiques identifiées par le cabinet Deloitte révélées à l’occasion de ses dernières Tech Trends 2019. Les implications de l’IT aux métiers sont de plus en plus fortes pour servir de tremplin à la digitalisation globale de l’entreprise.

Encourager les DSI à donner la priorité au client, refuser le statu quo, rester ouvert au changement et se concentrer sur la valeur. C’est sur ces bases que Deloitte s’est appuyé pour distinguer ses six « tech trends » 2019 avec un mot d’ordre : « Aller au-delà de la frontière numérique ». Pour sa 10e édition de ses désormais traditionnelles Tech Trends (7e en France), le cabinet Deloitte a ainsi complété sa liste de « forces » IT. Alors que Cloud, analytics et marketing digital multicanal constituaient les trois fondements du modèle existant, ces derniers domaines sont aujourd’hui maîtrisés, selon le cabinet. Modernisation du legacy, agilité et DevOps et cybersécurité s’étaient rajoutés en cours de route. Pour les mois et années à venir, les analystes de Deloitte parient sur trois bases supplémentaires.
A savoir la blockchain, « le tiers de confiance de demain » selon Eric Delgove, associé Deloitte spécialisé sur le conseil en stratégie technologique, sera l’une d’entre elles à condition de se débarrasser de certains freins, comme la standardisation et l’interopérabilité. Viennent ensuite les réalités virtuelles et augmentées, qui commencent à intéresser différentes industries notamment celle du jeu vidéo, et les technologies cognitives, dans lesquelles Deloitte rangent l’intelligence artificielle et le machine learning. Ce sont ces neuf « forces » qui, selon le cabinet d’analystes, devraient se combiner pour conditionner les transformations à venir dans 18 à 24 prochains mois.

Iris tech trends

En 10 ans d’existence, les Tech Trends de Deloitte on vu émerger de nombreuses tendances encore omniprésentes aujourd’hui… et certains flops. (Crédit : Deloitte)

1 / L’IA, carburant de l’entreprise intelligente
Selon une étude réalisée auprès d’environ 2 000 société il y a quelques semaines par Deloitte, 57 % des personnes interrogées pensaient que l’intelligence artificielle allait radicalement transformer leur entreprise dans les trois prochaines années. En France, cette moyenne monte à 81 %. Et pourtant, « la maturité des sociétés françaises en matière d’IA est légèrement en retrait par rapport à d’autres pays », note Pierre Lhoste, analyste du cabinet. La transformation induite par l’IA s’articule autour de trois sujets : la conception des business models, la manière de penser la relation client et l’amélioration de l’excellence opérationnelle. Par ailleurs, de nouveaux cas d’usage émergent avec l’IA : « Dans le domaine du risque, par exemple dans les banques ou chez les assureurs, elle est susceptible de répondre aux problématiques de lutte contre la fraude, de connaissance approfondie du client ou de qualité des données requises pour les prises de décision », poursuit M. Lhoste. « L’IA peut également être utile dans la gestion des compétences, lors de la recherche de talents par exemple. » De telles ambitions devront cependant aller avec une forte vigilance sur les questions d’éthique, de solidité et d’explicabilité des algorithmes.
Deloitte souligne toutefois qu’il y a encore un fort déficit de culture autour de l’IA. La croissance des solutions basée sur cette technologie va amener les entreprises à renforcer leurs compétences dans les domaines de la data science, de l’algorithmique et des mathématiques, sans négliger les compétences UX afin que les futures IA puissent interagir de façon fluide avec les humains. Dans ce cadre, la question du recrutement risque d’être épineuse : seules les plus grosses entreprises auront les moyens d’attirer et de retenir des spécialistes en la matière. « Il manque deux millions d’experts dans le monde » selon l’analyste de Deloitte. Un modèle hybride entre sociétés prestataires de services et travailleur en freelance pourrait apporter une réponse plausible à cette problématique.

2 / Le NoOps dans un monde serverless
« Soyons clair, NoOps [NoOperations] et serverless c’est très bien pour la communication, mais dans la réalité c’est complètement faux », rectifie d’emblée Guillaume Charly, associé du cabinet Deloitte. « Il y a de moins en moins d’opérations de bas niveau et de serveurs dans les entreprises, certes, mais il y en a en fait de plus en plus ailleurs. Ils sont simplement cachés. » Jusqu’à 70 % des budgets IT était jusqu’à maintenant absorbé dans les opérations. La baisse des coûts de stockage, l’externalisation des opérations et le cloud permettent d’optimiser ces dépenses, dans un secteur souvent visé par d’importantes restrictions budgétaires. L’arrivée des architectures serverless capte l’attention des DSI qui y perçoivent un moyen d’accélérer leur stratégie d’automatisation. « La promesse du NoOps les fascine, avec des opérations IT entièrement automatisées nécessitant peu de personnel », peut-on lire dans le rapport de Deloitte.

Iris Noops serverless

Le marché du serverless représentait 4,25 Md$ en 2018. Le cabinet anticipe une évaluation à 14,93 Md$ d’ici 2023. Pour la plupart des entreprises, la mise sur pied d’une stratégie cloud reste pour le moment à l’état de projet. Virtualisation, containerisation ou serverless, toutes ces technologies offrent un panel de moyen de les mettre en œuvre. Selon Guillaume Charly, « il y a un vrai sujet dans la parallélisation de l’objet business avec l’objet technologique. Il faudra que les DSI soient capables d’anticiper la flexibilité de l’usage dans les budgets alloués. »
3 / Les réseaux de demain
« On a considéré pendant des années que le réseau, c’était un sujet acquis », note Guillaume Charly. « L’IoT change la donne. » L’internet des objets a fait explorer le nombre d’entrées sur les réseaux, et ces derniers ne peuvent plus suivre. Pour apporter une réponse à ce problème, les DSI peuvent compter sur plusieurs solutions émergentes, comme les logiciels de gestion des flottes, ou MDM, la décentralisation des ressources avec l’edge computing, la virtualisation mais aussi, bientôt, la 5G. Cette dernière représente une remise en question radicale des investissements dans l’entreprise, selon le cabinet. Le nombre et la diversité des objets connectés constituera un véritable défi en matière de sécurité : gestion des périphériques se connectant à un réseau d’entreprise, des politiques de mise à jour, prévention des risques de fuite de données ou d’attaques ciblées…
Les DSI devront développer leur expertise dans ce domaine pour concevoir, déployer et opérer les infrastructures nécessaires à ce changement de paradigme. Des ressources professionnelles là encore rares sur le marché, qui impliquent donc des plans de formation visant de sérieuses montées en compétences. Concernant le calendrier, Deloitte s’attend à une adoption de la 5G par environ 25 opérateurs dans le monde d’ici la fin d’année. En France, le gouvernement s’est doté d’une feuille de route prévoyant des pilotes dans le domaine industriel en 2019, l’attribution des fréquences 5G début 2020 et la couverture des principaux axes de transport d’ici à 2025.
4 / Les interfaces intelligentes
Dopées à l’intelligence artificielle, les interfaces de demain sont amenées à comprendre et à assister l’Homme dans ses différentes tâches. En entreprise, elles sont susceptibles d’apporter une expertise supplémentaire. « C’est particulièrement vrai, par exemple, dans le domaine de la médecine », analyse Pierre Lhoste. « La littérature médicale doublant tous les quatre ans, il est impossible pour un médecin d’exercer son métier au jour le jour tout en se tenant au courant des avancées technologiques ou méthodologiques. Il y a donc un vrai besoin d’assistance sur ces questions. » Avec les progrès de l’IA pour analyser le langage naturel, les sentiments ou l’écriture, de plus en plus d’entreprises vont se pencher sur ce sujet. Selon Deloitte, le marché de ma reconnaissance vocale pourrait représenter 22,3 Md$ en 2024. Dès 2022, l’informatique sensorielle et les logiciels d’analyse d’émotions pourraient eux atteindre 41 Md$.
Les objectifs de cette accélération potentielle sont multiples. Les interfaces intelligentes pourraient permettre de connaître les habitudes hors ligne des consommateurs grâce aux capteurs que sont les smartphones et autres objets connectés que nous emmenons quotidiennement avec nous. En fonction de ces habitudes et préférences, les sociétés pourront personnaliser les produits et les services fournis. Dans l’entreprise, la performance des réseaux logistiques pourrait être améliorée en aidant les salariés dans leurs décisions et leurs processus opérationnels. La 5G, l’edge computing et l’IoT seront là encore des vecteurs de développement de ces interfaces. Il faudra bien entendu veiller à certains risques dans la mise en application. L’explicabilité sera une fois de plus un enjeu majeur pour répondre aux questions d’éthique et de réglementation. La sécurité des données collectées sera également indispensable au développement des interfaces intelligentes.
5 / L’expérience marketing réimaginée
Plus que jamais, en matière de marketing, le produit seul ne suffit pas. L’expérience qui l’accompagne est primordiale. « Il faut être en mesure de savoir quel est le bon moment pour adresser un client potentiel », rappelle Ravouth Keuky, associé Deloitte Digital en France. Le marketing est au confluent de toutes les technologies. Si auparavant, les directeurs commerciaux s’appuyaient beaucoup sur des agences externes, ils misent de plus en plus sur leur DSI pour réintégrer l’expérience client et reprendre le contrôle des données consommateurs. En s’appuyant sur des outils analytiques et cognitifs, les commerciaux pourront ainsi expérimenter et réfléchir à la meilleure méthode possible.
Pour M. Keuky, les entreprises auront tout intérêt à ne pas oublier les « trois D » : data, décision et diffusion. La collecte de données pertinentes, variées et qualifiées est le point de départ incontournable. Leur agrégation permet de développer une meilleure compréhension des clients, de leurs préférences et des comportements individuels. Les outils de gestion des audiences, les moteurs de personnalisation et de ciblage en temps réel permettent de définir quel contenu pousser vers quel client, à quel moment et sur quel canal. L’intelligence artificielle permettra d’accentuer cette connaissance du client. Les outils de gestion des stocks permettent de s’assurer que le produit recherché est bien disponible. Une fois la transaction effectuée, l’analyse du ressenti du client se poursuit pour préparer les interactions suivantes. L’ensemble contribue à l’amélioration de l’expérience globale, avant, pendant et après le processus d’achat.
6 / DevSecOps et la maîtrise du cyber-risque
Inclure les problématiques de sécurité le plus tôt possible dans le travail du développeur, et mêler la culture, les pratiques et les outils de sécurité aux différentes phases de développement. Telle est la philosophie de cette version améliorée de la méthode DevOps. L’objectif : déceler le plus rapidement possible les éventuelles vulnérabilités. A l’heure où les masses de données échangées sur les réseaux croissent à grande vitesse, il devient primordial de placer la sécurité au cœur du processus de développement.
Plus bouleversant qu’il n’y parait, ce changement d’approche nécessite, selon Deloitte, une transition en douceur : déployer la méthode sur de petites équipes pilotes avant d’être généralisée, simplifier les processus de contrôle manuel, mettre en place des test en continu du code, inclure les équipes métiers, développement, cybersécurité et exploitation dans la gouvernance des projets, conteneurisation des solutions afin d’isoler les fonctions d’un système et d’automatiser les opérations d’audit… Tous ces efforts pourraient, à terme, réduire les coûts, raccourcir les phases de test et permettre de recevoir des rapports permanents sur la qualité du produit.

 

Source : https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-deloitte-tech-trends-les-6-tendances-it-2019-74952.html